Jean de La Fontaine (1621- 1695)

Jean de La Fontaine, né le 8 juillet 1621 à Château-Thierry et mort le 13 avril 1695 à Paris, est un poète français de grande renommée, principalement pour ses Fables et dans une moindre mesure pour ses contes.

Activité principale :
Poète, moraliste, dramaturge, librettiste, romancier et fabuliste
Nous gardons tous au creux de notre mémoire les premiers vers des fables de la Fontaine. Beaucoup, même, découvrent mi-surpris, mi-satisfaits qu’ils sont capables, à trente, cinquante ou quatre-vingt ans de les réciter encore intégralement.

Le loup et l’agneau

Oui, La Fontaine a une place privilégiée dans les souvenirs de notre enfance et son nom est indissociable de ces contes brefs et enjoués qui, déjà, enchantaient les salons du dix-septième siècle.

Le renard et la cigogne

Dans les prologues ou dédicaces de certains de ses recueils, La Fontaine a distillé quelques idées maîtresses : Je me sers d’animaux pour instruire les hommes. Puis plus loin, il a dévoilé quelques secrets : Une morale nue apporte l’ennui… Le conte fait passer le précepte avec lui.« 

La Cigale et la Fourmi

 » Il faut savoir un jour prendre le temps de la relecture , aller au devant de ce qui nous a forcément échappé dans l’enfance, sa malice parfois licencieuse, son goût du bonheur, et de ce gai savoir dont on ne découvre la force qu’avec l’étude. Il faut aussi rencontrer l’homme et découvrir, derrière le poète léger et volage, un citoyen conscient de ses devoirs et de ses doutes, et un ami fidèle jusque dans l’adversité, un écrivain inscrit dans l’histoire de son temps ».  Thibault Doulan

Le Corbeau et le Renard

 

Le Lièvre et la Tortue 

LA FONTAINE L’INTEMPOREL

Quand deux génies s’associent….

La Fontaine interprété par Luchini

« La Fontaine, il lui suffit de cinq mots pour tout dire. Il est encore plus fort que Baudelaire , qui fait parfois de la rhétorique. Lui, il maîtrise toutes les langues, la super savante et le parler de bistrot. Il les mélange , il les arrange, il a des bonheurs d’écriture qui te mettent à genoux, mais jamais il ne nous les casse avec son matos littéraire. » C’est final, La Fontaine.
Fabrice Luchini – Télérama – Janvier 1999.

Le corbeau et le renard – Le Beaucor et le Narreu  (verlan) par l’inégalable Fabrice Luchini

Quand La Fontaine inspire les humoristes

Pierre Péchin  : La cèggal et la foôrmi

Louis de Funès : Le corbeau et le renard

LE COIN DES ENFANTS

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Version maternelle  –  La cigale et la fourmi 

La Cigale et la Fourmi - illustration 1

La Cigale, ayant chanté
Tout l’Été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’Oûtfoi d’animal,
Intérêt et principal.
La Fourmi n’est pas prêteuse ;
C’est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
— Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
— Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Eh bien !dansez maintenant. »

Le Corbeau et le Renard

       Maître Corbeau, sur un arbre perché,
           Tenait en son bec un fromage.
       Maître Renard, par l’odeur alléché,
           Lui tint à peu près ce langage :
       Et bonjour, Monsieur du Corbeau,
    Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
           Sans mentir, si votre ramage
           Se rapporte à votre plumage,
     Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.
À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie, 
           Et pour montrer sa belle voix,
   Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
   Le Renard s’en saisit, et dit : Mon bon Monsieur,
              Apprenez que tout flatteur
     Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
   Cette leçon vaut bien un fromage sans doute.
           Le Corbeau honteux et confus
   Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

 Le loup et l’agneau

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
– Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
– Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
– Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau, je tette encor ma mère.
– Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
– Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

Jean de la Fontaine 

En dehors du temps

Source : https://www.lesechos.fr/

« La Fontaine s’excusait souvent de sa « paresse « . Fausse paresse de poète, qui, souligne Patrick Dandrey, professeur à la Sorbonne, écrivit en sus de ses deux cent quarante fables, soixante-quatre contes, un roman de prose et de vers, une idyllique héroïque, deux livrets d’opéra, deux tragédies, deux comédies, un ballet, les fragments d’un songe, un poème scientifique (sur les vertus du quinquina !), l’autre chrétien, des épîtres, sans oublier les sonnets, madrigaux, épigrammes, récits de voyage, lettres… Plusieurs pans de cette oeuvre multiforme méritent une redécouverte _ comme le somnambulique « Songe de Vaux » ou l’ambitieux livre à tiroir « Les Amours de Psyché et de Cupidon  » qui mêle poésie mythique, déambulations romantique et philosophique.

Résumer l’art de La Fontaine n’est pas chose facile. D’autant qu’il a été longtemps sous-estimé. Sans doute parce que le poète s’est toujours inspiré d’oeuvres antérieures. Se serait-il borné à un élégant pastiche des Anciens? Il suffit de lire une fable d’Esope, ramenée à quelques phrases sèches, pour se persuader du contraire. Comme Mozart et Tchaïkovski pillaient les airs populaires pour écrire leurs symphonies, La Fontaine a puisé dans le patrimoine littéraire de l’humanité pour créer une oeuvre originale. En se référant aux archétypes, il s’est inscrit en dehors du temps. Ses écrits sont musique, poèmes aux vers chantants, et tableaux brossés en traits fulgurants. Son propos, nuancé, dépeint tout l’arc-en-ciel des sentiments _ derrière la gaieté pointe une sourde mélancolie, reflet d’un siècle d’or qui masque un âge de fer. Sa morale n’est jamais univoque : la sagesse des humbles contredit l’arrogance des puissants.

Courageux poète, toujours sur la corde raide ! Quand ce n’est pas le roi qui le surveille, ce sont les hommes d’église. A la fin de sa vie, soucieux de monter au ciel délivré du fardeau de ses libertinages, il accepte de renier ses contes « licencieux » pour recevoir l’extrême-onction. Il ne les a peut-être pas emportés au paradis. Mais sur terre, les vivants, trois siècles plus tard, ont encore le bonheur de les lire. « 

Ses poésies 

https://www.google.fr/url

Conseil tenu par les Rats

Un Chat, nommé Rodilardus
Faisait des Rats telle déconfiture
Que l’on n’en voyait presque plus,
Tant il en avait mis dedans la sépulture.
Le peu qu’il en restait, n’osant quitter son trou,
Ne trouvait à manger que le quart de son sou,
Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
Non pour un Chat, mais pour un Diable.
Or un jour qu’au haut et au loin
Le galant alla chercher femme,
Pendant tout le sabbat qu’il fit avec sa Dame,
Le demeurant des Rats tint chapitre en un coin
Sur la nécessité présente.
Dès l’abord, leur Doyen, personne fort prudente,
Opina qu’il fallait, et plus tôt que plus tard,
Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
Qu’ainsi, quand il irait en guerre,
De sa marche avertis, ils s’enfuiraient en terre ;
Qu’il n’y savait que ce moyen.
Chacun fut de l’avis de Monsieur le Doyen,
Chose ne leur parut à tous plus salutaire.
La difficulté fut d’attacher le grelot.
L’un dit : « Je n’y vas point, je ne suis pas si sot »;
L’autre : « Je ne saurais. »Si bien que sans rien faire
On se quitta. J’ai maints Chapitres vus,
Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
Chapitres, non de Rats, mais Chapitres de Moines,
Voire chapitres de Chanoines.
Ne faut-il que délibérer,
La Cour en Conseillers foisonne ;
Est-il besoin d’exécuter,
L’on ne rencontre plus personne.

Quelques romans de l’auteur 

Les Amours de Psyché et de Cupidon.

Dans Les Amours de Psyché et de Cupidon (1669),

La Fontaine déploie un étonnant talent de prosateur, et détourne, en conjuguant galanterie et …Google Books

Nicolas Fouquet entreprend la construction du château de Vaux-le-Vicomte en 1656.

Le 17 août 1661, le château terminé, il ordonnance une fête, fastueuse, en l’honneur de Louis XIV. … Google Books

Toute matrone sage, à ce que dit Catulle,

regarde volontiers le gigantesque don fait au fruit de Vénus par la main de Junon :

à ce plaisant objet si quelqu’une recule, cette quelqu’une dissimule. …Google Books

Sur de douces mélodies baroques, neuf contes libertins,

qui firent scandale lors de leur parution, sont lus ici avec une truculence coquine par Jean-Pierre Cassel. … Google Books

Toutes ses Œuvres

L’Eunuque (1654), imité de L’Eunuque de Térence

Adonis (1658, publié en 1669)

Les Rieurs du Beau-Richard (1659)

Élégie aux nymphes de Vaux (1660)

Ode au roi (1663)

Contes (1665166616711674)

Fables (166816781693)

Les Amours de Psyché et de Cupidon (1669)

Recueil de poésies chrétiennes et diverses (1671)

Poème de la captivité de saint Malc (1673)

Daphné (1674)

Poème du Quinquina (1682)

Ouvrages de prose et de poésie (1685)

Astrée (1691)

Les Contes

Le fabuliste a éclipsé le conteur. La crispation religieuse de la fin du règne de Louis XIV, et plus tard la pudibonderie du XIXe siècle, ont mis dans l’ombre ces contes licencieux dont le défi poétique consiste à jouer de l’implicite pour (ne pas) nommer la sexualité, à « dire sans dire », dans un jeu de dérobade et de provocation reposant sur la complicité du lecteur. La Fontaine a mené simultanément ces deux activités, jusqu’à  joindre des contes à l’ultime recueil de fables de 1693 : bien plus qu’un laboratoire de la narration enjouée des Fables, les Contes pourraient bien participer d’une même entreprise, celle d’une narration poétique sous le signe d’une gaieté sans illusions.

L’œuvre de La Fontaine offre la figure, exemplaire, d’une sagesse désabusée : elle choisit, comme le Démocrite de la fable Démocrite et les Abdéritains, la retraite méditative plutôt que la vie de la cité d’Abdère soumise aux pensers du vulgaire, et, face à la violence forcenée du réel elle préfère, contre l’Héraclite de l’Histoire, le rire plutôt que les pleurs.

Quelques vers de Jean de La Fontaine devenus proverbes :

Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. (Le Corbeau et le Renard)

La raison du plus fort est toujours la meilleure. (Le Loup et l’Agneau)

Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. (Le Loup et l’Agneau)

Plutôt souffrir que mourir, c’est la devise des hommes. (La Mort et le Bûcheron)

Garde toi, tant que tu vivras, de juger les gens sur la mine. (Le Cochet, le Chat et le Souriceau)

Je plie et ne romps pas. (Le Chêne et le Roseau)

Il faut autant qu’on peut obliger tout le monde : On a souvent besoin d’un plus petit que soi. (Le Lion et le Rat)

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. (Le Lion et le Rat)

Est bien fou du cerveau qui prétend contenter tout le monde et son père. (Le Meunier, son Fils et l’Âne)

Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats. (Le Renard et les Raisins)

La méfiance est mère de la sûreté. (Le Chat et un vieux Rat)

Petit poisson deviendra grand. (Le Petit Poisson et le Pêcheur)

Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l’auras. (Le Petit Poisson et le Pêcheur)

Le travail est un trésor. (Le Laboureur et ses Enfants)

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. (Le Lièvre et la Tortue)

Aide-toi, le Ciel t’aidera. (Le Chartier embourbé)

Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. (Les Animaux malades de la peste)

Tel est pris qui croyait prendre. (Le Rat et l’Huître)

Amour, Amour, quand tu nous tiens / On peut bien dire: Adieu prudence. (Le Lion amoureux) Mais les ouvrages les plus courts sont toujours les meilleurs… (Discours à M. le duc de La Rochefoucauld)

Que de tout inconnu le sage se méfie. (Le Renard, le Loup et le Cheval)

Il ne faut jamais vendre la peau de l’ours / Qu’on ne l’ait mis par terre (L’Ours et les deux Compagnons)

Qu’on me rende impotent, cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu’en somme je vive, c’est assez, je suis plus que content. « Ne viens jamais, ô Mort; on t’en dit tout autant. » (La Mort et Le Malheureux)

Les délicats sont malheureux : rien ne sauroit les satisfaire. (Contre Ceux Qui On Le Goût Difficile)

Si Dieu m’avait fait naître propre à tirer marrons du feu, certes marrons verraient beau jeu. (Le Singe et le Chat)

Sa Biographie

Jean de La Fontaine, né le 8 juillet 1621 à Château-Thierry, est un poète français de la période classique dont l’histoire littéraire retient essentiellement « les Fables » et dans une moindre mesure les contes licencieux. On lui doit cependant des poèmes divers, des pièces de théâtre et des livrets d’opéra qui confirment son ambition de moraliste.

Étudiant indolent, il fréquente à Paris un cercle de jeunes poètes, « les Chevaliers de la Table Ronde ». A 26 ans, il épouse une parente de Racine âgée de moins de 15 ans. Elle lui donnera un fils dont il ne s’occupera guère.

Il succède à son père comme maître des Eaux et Forêts. Sans cesse tracassé par les ennuis financiers, il obtient la protection de Madame de Sévigné puis entre au service du surintendant Fouquet à près de 40 ans. En 1662, il écrit en faveur de son patron, dont il est proche, après que ce dernier fut arrêté sur ordre de Louis XIV en personne. Il devient dès lors « gentilhomme servant » de la duchesse d’Orléans. Jean de La Fontaine reste à l’écart de la cour royale mais fréquente les salons comme celui de Madame de La Sablière et malgré des oppositions, il est reçu à l’Académie française en 1684. Mêlé aux débats de l’époque, il se range dans le parti des Anciens dans la fameuse « Querelle des Anciens et des Modernes ».

C’est en effet en s’inspirant des fabulistes de l’Antiquité gréco-latine et en particulier d’Ésope, qu’il écrit « les Fables » qui font sa renommée. Le premier recueil qui correspond aux livres I à VI des éditions actuelles est publié en 1668, le deuxième (livres VII à XI) en 1678, et le dernier (livre XII actuel) est daté de 1694. Le brillant maniement des vers et la visée morale des textes, parfois plus complexes qu’il n’y paraît à la première lecture, ont déterminé le succès de cette œuvre à part et « les Fables de La Fontaine » sont toujours considérées comme un des plus grands chefs d’œuvre de la littérature française. Le fabuliste a éclipsé le conteur d’autant que le souci moralisant a mis dans l’ombre les contes licencieux publiés entre 1665 et 1674.

Jean de La Fontaine meurt le 13 avril 1695 à Paris. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise, depuis le transfert de sa dépouille en 1817, en même temps que celle de Molière.

Josette Jouet

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